Des débuts difficiles

 

Les six exécuteurs testamentaires de Lambert Darchis n’ont pas trainé à réaliser les dernières volontés du testateur : dès octobre 1699, ils font l’acquisition d’une grosse maison, via Monte d’Oro, pour y fonder l’hospice voulu par le généreux bienfaiteur. L’hospice créé est destiné à recevoir des jeunes Liégeois pour leur permettre d’assimiler la langue et les coutumes d’Italie et leur faciliter l’acquisition d’autres sciences. Le but est de préparer ces jeunes hommes aux études de droit ecclésiastique ou de droit civil, ce qui leur permettrait d’accéder aux charges de la Curie romaine.

S’il y avait un nombre important de Liégeois à Rome pour occuper les huit ou neuf places de l’hospice, le fait que la nourriture n’était pas fournie posait un gros problème. Plutôt que de se consacrer à leurs études, les pensionnaires étaient à la recherche de moyens pour subvenir à leur existence. A peine dix ans après la fondation de l’hospice Darchis, les proviseurs, parmi lesquels il y a encore 3 ou 4 exécuteurs testamentaires, vont modifier de manière radicale le fonctionnement de la maison voulue par Darchis. L’hospice est transformé en collège et si les conditions d’admission sont plus strictes, les pensionnaires sont dorénavant logés et nourris, et le programme de leurs études mieux organisé. De plus, chaque bénéficiaire d’une place au collège doit fournir un certificat de fin d’études des humanités, formation de base indispensable pour parvenir à la connaissance des matières pour lesquelles le collège a été institué.

Cette réforme débouche en 1711 sur un règlement qui n’altère en rien la volonté du testateur, à savoir un collège à vocation charitable, destiné exclusivement à des Liégeois, et, ce qui est important avec une administration autonome.

Le règlement de 1711 restera en vigueur pendant tout l’Ancien Régime.

Néanmoins, la position importante des Liégeois à Rome aux siècles précédents va connaitre un coup d’arrêt, et ce pour diverses raisons.

Il est de plus en plus difficile d’obtenir un poste dans l’administration de l’Eglise en raison notamment de la vive concurrence des Italiens qui font tout pour empêcher les Liégeois d’y accéder. En ce début du XVIIIe siècle, le rôle effacé des Liégeois dans l’administration de l’église impériale de Santa Maria dell’Anima fait perdre aux principautaires le prestige dont ils bénéficiaient au siècle précédent. Mais il faut aussi compter sur le fait que la Congrégation du Concile1 n’autorise plus des étrangers à percevoir les revenus d’un bénéfice en Curie pour de longues périodes. Et cette Congrégation va appliquer les prescriptions canoniques sur la résidence de manière beaucoup plus sévère. Cela aura pour conséquences d’éloigner progressivement les jeunes Liégeois de Rome.

Manifestement, si l’on peut dire qu’une cinquantaine de Liégeois ont été admis au collège entre 1711 et 1721, nous constatons un recrutement variable pendant cette période. Il est difficile de dire combien de places sont disponibles. Au début, il devait y avoir huit ou neuf chambres mais ce nombre a augmenté relativement vite pour arriver à dix-huit en 1729. Ce qui est certain, c’est qu’il y avait cinq boursiers en 1713, huit en 1715 et 1716, sept en 1717, onze en 1719. Cela a pour conséquence un certain élargissement dans la sélection des futurs pensionnaires. Les proviseurs vont faire preuve d’une certaine tolérance en acceptant une autre catégorie de Liégeois, qui étaient alors en nombre à Rome : les artistes. Le premier connu est Gérard-Nicolas Fraikin, musicien qui résidera au collège de 1719 à 1722. Il sera suivi de Simon Sarto, peintre (1720), puis de Pascal Latour, sculpteur (1722-1726).

En septembre 1725, un jeune Liégeois, Henri Destordeur, qui avait postulé pour une place au collège en vue de réaliser des études, avait vu son admission reportée. Manifestement furieux de cette décision, il en appela à la Congrégation du Concile pour invalider l’attribution d’une chambre à un autre jeune Liégeois, Nicolas-Joseph Cloes, musicien de son état. La raison de cette plainte était qu’accueillir des musiciens était en contradiction avec le testament de Lambert Darchis.

Tous les boursiers furent entendus par la Congrégation dans le courant du mois de février 1726. Les proviseurs transmirent alors à cette Congrégation un document dans lequel ils considéraient la musique comme relevant des arts libéraux.

Mais outre le fait de rejeter définitivement Destordeur, cette affaire permit aux proviseurs, en accord avec la Congrégation du Concile, de définir les catégories qui peuvent bénéficier de l’accueil dans la maison Darchis : en premier lieu les étudiants en théologie et en droit, puis les copistes et les commis employés à la Curie et enfin, le cas échéant, en cas de places vacantes, les peintres, sculpteurs et musiciens.

La porte est donc ouverte aux artistes, rejetés auparavant par Lambert Darchis dans son testament. Certes, de manière parcimonieuse au début, mais à partir du milieu du XVIIIe siècle, ils constituent une force considérable rivalisant avec les futurs prêtres et les dépassant en nombre par moments.

 

La Sainte Congrégation du Concile a été instituée en 1564 par le pape Pie IV avec pour mission de veiller à l’exécution des décrets disciplinaires du Concile de Trente. Dans ses missions, elle était chargée de veiller sur les associations pieuses ou charitables, sur les legs ou les fondations…